Un pirate pour les plus grands

Sandokan, le tigre de malaisie

Petits et moins petits, on a adoré cette série... 


C'était l'adaptation d'un roman d'Emilio Salgari : Les Tigres de Mompracem ("Le Tigri di Mompracem").

En 1848 dans la mer de Malaisie, Sandokan, devenu pirate par vengeance, combat l'impérialisme des britanniques occupant la région, afin de protéger son île de Mompracem, ses habitants et leur liberté. 
Il est traqué par Lord James Guillonk, l'oncle de Marianne, la jeune femme qui a choisi de s'enfuir avec lui. Son fidèle ami, le portugais Yanez l'accompagne et le soutient dans ses combats et ses aventures rocambolesques.

Emilio Salgari est un auteur italien du 19e siècle, spécialiste des romans d'aventure destinés aux enfants et aux adolescents. Il a été peu traduit en France, bien qu'il ait rencontré beaucoup de succès en Italie et dans les pays anglo-saxons.


Sandokan le pirate de Malaisie, le protagoniste de ce récit, est son personnage le plus connu. Il apparaît dans onze romans, dont certains ont fait l'objet de traductions et d'adaptations cinématographiques, télévisuelles ou littéraires, telles que Le
Retour des Tigres de Malaisie
de Paco Ignacio Taibo II (éditions Métailié) ou Sandokan, Tigre de Malaisie, bande dessinée d'Hugo Pratt et Milo Milani (éditions Casterman).



Après des mois d'un travail d'équipe avec une co-traductrice au  patronyme également italien (Odile Bertagnolio) et un illustrateur au patronyme pas du tout italien (Thierry Laval), voilà enfin terminée une traduction des Tigres de Mompracem, qui cherche à présent un éditeur.

En voici quelques lignes : 
Dans la nuit du 20 décembre 1849, un violent ouragan se déchaînait sur Mompracem, île sauvage à la sinistre réputation, située dans la mer de Malaisie à quelques centaines de milles des côtes occidentales de Bornéo, et repaire de redoutables pirates. Dans le ciel, les nuages poussés par un vent furieux laissaient tomber sur les sombres forêts de l'île de terribles averses. Sur la mer soulevée par le vent, se heurtaient dans le désordre et se brisaient avec fureur d'énormes vagues, confondant leurs mugissements avec les explosions du tonnerre.

Ni dans les cabanes alignées au fond de la baie, ni sur les fortifications qui les défendaient, on n'apercevait de lumière. Il n’y en avait pas davantage sur les nombreux navires ancrés au-delà des récifs, sous les bois, ou sur la surface tumultueuse de la mer. Cependant, un voyageur arrivant de l’est aurait pu distinguer, sur la cime d'un très haut rocher se détachant à pic sur la mer, deux points lumineux, deux fenêtres éclairées. A travers un labyrinthe de tranchées et de terre-pleins effondrés, de palissades arrachées, de gabions éventrés, parmi lesquels on apercevait encore des armes brisées et des ossements humains, une vaste et solide cabane s'élevait, surmontée d'un grand drapeau rouge orné en son centre d’une tête de tigre.

Une pièce de cette habitation était éclairée. Ses parois étaient couvertes de lourdes étoffes rouges de velours et de brocards de grand prix, mais chiffonnées, déchirées et tachées par endroits. Le sol disparaissait sous d’épais tapis de perse éblouissants d'or, mais eux aussi salis et abîmés. Au centre de la pièce, une table d'ébène incrustée de nacre et ornée de garnitures d'argent était chargée de bouteilles et de verres de cristal. Dans les angles se dressaient de grandes bibliothèques en partie détruites, pleines de vases débordants de bracelets d'or, de boucles d'oreilles, de médaillons, de précieux objets sacrés tordus ou écrasés, de perles provenant sans doute de célèbres pêcheries de Ceylan, d’émeraudes, de rubis et de diamants scintillant comme autant de soleils sous les reflets d'une lampe dorée pendue au plafond. Dans un coin, trônait un divan turc aux franges arrachées, dans un autre, un harmonium d'ébène au clavier tailladé. Dans une confusion indescriptible étaient répandus tapis enroulés, splendides robes, tableaux de maîtres, lampes et bouteilles renversées, verres entiers ou brisés, ainsi que des fusils indiens ornés d'arabesques, des trombones d'Espagne, des sabres, des cimeterres, des haches, des poignards et autres pistolets.

Dans cette chambre si étrangement meublée, un homme était assis sur un fauteuil boiteux. Il était grand et élancé, avec une puissante musculature, des traits énergiques, masculins, fiers et d'une étrange beauté. Des cheveux longs lui tombaient sur les épaules et une barbe très noire entourait son visage légèrement halé. Il avait le front haut, ombragé de sourcils hardiment arqués, une petite bouche laissant entrevoir des dents scintillantes comme des perles, et deux yeux très noirs, d'un éclat brûlant qui aurait fait baisser n'importe quel autre regard.

Il était assis depuis quelques minutes sous la lampe, le regard fixe et les mains crispées sur le cimeterre qui pendait d'une large bande de soie rouge serrée autour d'une casaque de velours bleu brodée d'or. Un terrible grondement, secouant la cabane jusqu'à ses fondations, le tira brusquement de cette immobilité. Il jeta en arrière ses cheveux longs, assura sur sa tête le turban orné d'un splendide diamant gros comme une noix, et se leva soudain, regardant autour de lui d’un air lugubre.
- Il est minuit, murmura-t-il. Et il n'est pas encore rentré !

Il vida lentement un verre rempli d'un liquide couleur d'ambre, puis il ouvrit la porte, s'engageant d'un pas ferme entre les tranchées qui défendaient la cabane et s'arrêta au bord du grand rocher au pied duquel la mer rugissait furieusement. Il resta là quelques minutes, les bras croisés, immobile comme le rocher qui le soutenait, aspirant avec plaisir le souffle effrayant de la tempête et plongeant le regard sur la mer démontée. Puis il fit demi-tour, rentra dans la cabane et s'arrêta devant l'harmonium. Il fit courir ses doigts sur le clavier, tirant des sons rapides et qui avaient quelque chose d’étrange, de sauvage, puis qui ralentirent et s'éteignirent dans les grondements du tonnerre et les sifflements du vent.

Soudain, il tourna la tête vers la porte laissée entrouverte. Il se pencha, tendit l’oreille, puis sortit rapidement et s'avança jusqu'au bord du rocher. A la rapide lueur d'un éclair, il vit une petite embarcation aux voiles baissées entrer dans la baie et se faufiler entre les navires à l’ancre. Il approcha de ses lèvres un sifflet d'or et envoya trois notes stridentes. Un sifflement aigu lui répondit.
- C'est lui, murmura-t-il ému. Il était temps !

Cinq minutes plus tard, un homme enroulé dans un ample manteau gorgé d'eau surgit devant la cabane.
- Yanez ! S'exclama l'homme au turban en le serrant contre lui.
- Sandokan ! Répondit le nouveau venu, qui parlait avec un accent étranger. Brrr ! Quelle nuit d'enfer mon frère.
- Viens...
Ils entrèrent dans la pièce illuminée, fermant la porte. Sandokan remplit deux verres et en offrant un à l'étranger qui s'était débarrassé de son manteau et du fusil qu'il portait en bandoulière, lui dit avec un accent presque affectueux :
- Bois, Yanez.
- À ta santé, Sandokan.
- À la tienne.
Ils vidèrent les verres et s'assirent à table. Le nouvel arrivant était un homme de trente-trois ou trente-quatre ans, à peine plus âgé que son compagnon. Il était de taille moyenne, robuste, à la peau très blanche. Ses traits étaient réguliers, ses yeux gris, ses lèvres moqueuses et fines. Il était de toute évidence européen, probablement méridional.

- Yanez, demanda Sandokan avec émotion. As-tu vu la fille aux cheveux d'or ?

Et comme rien ne nous arrête, nous nous lançons dans la traduction de deux autres titres de ce cycle indo-malais d'Emilio Salgari, dont Sandokan est le héros.